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 Amen [Stephen]

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MessageSujet: Amen [Stephen]   Amen [Stephen] EmptyDim 19 Juil 2015 - 16:40

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Premier dimanche après la rentrée

Palmiers et blancheur. Gothisme et propreté. L’église de Westwood fend le ciel comme un sexe affamé. En son sein, les fidèles prient. Adossé contre son portail principal, un protestant attend la fin de l’office. Des traces de guerres séculaires le laissent à l’extérieur de la maison du Père Divin. Les confessions ne badinent pas avec le baptême. Ethan doit attendre la fin de l’office des catholiques pour se recueillir auprès de son Dieu.

A travers le bois massif de la porte sculptée, les derniers orgues soufflent leur au revoir triomphant. Le bois aggrave les sons, les étête et les ampute. Le psaume chanté sort en barrissements dans cette rue si propre de Los Angeles. Les anges aiment les cris des bêtes. Ce psaume-là doit les ravir.

La porte s’ouvre. Les fidèles sortent un à un. Pour la plupart, paisibles et la mine douce. A travers ses cils châtain, les yeux mi-clos d’Ethan les observent sans rien dire. Le professeur de criminologie tente de ne rien penser. Rien analyser. Rien juger. Il tente de ne pas dire à cet époux de rassurer son épouse qui semble bien triste. Il tente de ne pas dire à cette mère de serrer dans ses bras son bébé qui semble troublé. Il tente de ne pas dire à cette jeune fille de prêter son aide à sa grand-mère qui peine à marcher. Il tente. Sous son sternum, entre l’os oblong et la colonne vertébrale, ses poumons se contractent et tirent sur les muscles de ses pectoraux. Il ferme les yeux tout à fait. La cécité, cette merveilleuse diplomate.

Les pas des fidèles tambourinent mollement les pierres dures du parvis. Le brouhaha des pas faiblit et s’éloigne. Ethan rouvre les yeux. A sa gauche, un homme sort en dernier de l’église. Il marche vers la rue. Il entre dans son champ de vision. A gauche. A la frontière du visible et du reste du monde invisible. Une impression de... Ethan tourne la tête vers cet homme. Une impression de connu. Qui ? Ethan l’observe sans rien dire. Le professeur de criminologie tente de se souvenir. Où ? Il ne connait pas tant de gens pratiquants à Los Angeles… Qui ? Ah oui… Un collègue.

Le jeune New Yorkais quitte le mur blanc. L’église doit être vide. Il entre dans l’église. La fraicheur des nefs lui caresse le visage. La grandeur des vitraux gothiques l’écrase. Là-bas, l’homme crucifié lui présente ses plaies rouges et son regard de mourant. Ethan pénètre dans la maison des catholiques. Sous les nefs immenses, les semelles de cuir neuf résonnent prudemment. Il a l’habitude de se recueillir dans la grandeur des maisons du Père Divin. Mais celle-ci, il ne la connait pas encore.


- Mon fils, puis-je vous aider ?

La voix est douce, paternelle, légèrement grelottante. Ethan sursaute. Se retourne. Un vieux prêtre. L’aube blanche, les mains jointes. L’air attentionné. Presqu’un cliché de prêtre.

- Je… Euh…

Que peut-il lui dire ? J’ai fait l’amour avec une de mes élèves ?

- Excusez-moi. Je voulais simplement visiter.

Il salue, sort précipitamment.

- N’hésitez pas à revenir si vous avez besoin d’aide… !

Lance le vieux prêtre.

Ethan marche dans la rue, les lèvres serrées. La démarche un peu raidie par la honte. A chaque fois qu’il pose un pied sur le sol, le contact avec le béton se répercute dans ses tibias. Tape contre les os de ses genoux. Il ralentit le pas. Il a chaud aux joues, depuis la base du cou jusqu’aux tempes. Il doit rougir. Il sait qu’il doit rougir. Il pose sa main gauche sur sa joue. Refroidir le derme du visage avec le derme des mains. Le rassurer, aussi.

Il croise des passants. Quelques-uns se retournent sur lui. Ce n’est pas si commun, un homme qui se refroidit les joues.

Devant lui, soudain, la silhouette du collègue. Et si… ?


- Monsieur Smith… C’est bien cela ?

Ethan s’est approché du professeur de religion. Ses joues ont repris leur feu. Il garde ses mains le long du corps. Dans son costume gris foncé, sa minceur lui donne l’allure d’un adolescent habillé pour un examen oral.

Il s’est lancé vers son collègue sans réfléchir. Il a toujours plus de mal à réfléchir quand il est surpris. Il n’aurait peut-être pas dû aborder son collègue. C’était peut-être une erreur. Les jambes d’Ethan voudraient faire marche arrière. Mais il est là devant lui, maintenant. Le corps se fige imperceptiblement, entre l’envie de fuite et la volonté de continuer à parler. Une micro-fixité renforcée par son complet de marque. Les américains coupent souvent leurs vêtements de qualité dans des tissus raides pour assurer leur tomber. La veste d’Ethan ne fait pas exception. Les épaules descendent en angle rectiligne au niveau des bras et l’étoffe légèrement satinée forme des plis marqués quand Ethan tend la main vers « Monsieur Smith ». Cela goûterait le solennel si le jeune new yorkais n’avait ces yeux de chat curieux.


- Je suis le nouveau professeur de criminologie. Nous nous sommes vus en juin… Ethan Dunn.

Son ton a les nuances des voix qui parlent contre leur gré : une certitude lisse en début de phrase. Le lisse de la politesse, le lisse des cordes vocales jeunes encore. Une force décroissante à la fin des phrases. Une diminution de décibels car la voix aimerait partir.

- Alors… ? Euhm… ? Quelle bonne surprise ? Je vous ai vu sortir de l’office. Je ne vous dérange pas ? Vous avez peut-être prévu un repas familial ?
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MessageSujet: Re: Amen [Stephen]   Amen [Stephen] EmptyDim 19 Juil 2015 - 23:51

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Prière. Recueillement. Sacrement. Apaisement. Les bougies brûlent, à gauche, à droite. Il y a quelqu'un, à gauche. Quelqu'un à droite. Le silence est là, il remplit tout. Le silence, c'est joli. Silence silence silence. Images violentes. Les coups de feux reviennent, à chaque fois, inévitablement. C'était ici, dans la maison de Dieu... C'était ici que tout avait commencé. Même église. Même Stephen. Même rengaine. Toujours la même rengaine. Où que j'aille, quoi que je fasse... Mon passé, inévitablement, me rattrapera. Maintenant je suis un paix. Maintenant, tout ça, c'est terminé. Pour combien de temps encore? Je ne sais pas. Personne ne sait. Mes mains se joignent encore. Prière. Recueillement. Sacrement. Apaisement. Ma tête s'incline. Je prie encore. Il faut qu'il m'entende, là haut. Il faut qu'il m'entende, où qu'il soit. Il faut qu'il m'entende... Je veux une vie, une véritable vie moi aussi. Autour de moi les gens commencent à se lever. Je les entends faire. Je les entends bouger. Mes paupières lourdes s'entrouvrent. J'ouvre des yeux et je les regarde. Je les regarde, je les observe. Je les vois s'avancer, marcher vers le fond de la salle. Regardez les. Ils disparaissent tous comme des âmes soulagées. Soulagées... Je ne serai donc jamais soulagé. De ce mal. De ce fardeau. De ce secret. Il pèse comme mille. Il ne s'en va jamais. Il me hante. Le jour. La nuit. Ce secret dont je ne peux pas piper mot. Elle, elle sait. Emma sait. Elle sait tout. Jusqu'au moindre détail. Chaque moment, chaque bribe. Chaque instant oublié du passé. Elle sait tout, c'est la seule qui sait. Personne d'autre ne saura jamais.

Je soupire alors et je me lève. Je viens de prier. Je ne me sens pas plus léger pour autant. Peut être que je n'ai pas prié assez fort. Peut être que prier ça ne suffit pas. Peut être que je ne devrais pas y réfléchir. Peut être que je devrais simplement m'en aller. Oui... M'en aller. Partir. Dehors. Respirer. L'air frais. Le sentir. Le voir. Me rappeler des beautés du monde. Les beautés de la Terre. Les beautés du bon Dieu... Reprendre foi en la vie. Ou pas. Mon pas lourd avance. Vers la porte. Elle est grande. Menaçante. Imposante. Elle me fait peur, cette porte. Je franchis son seuil sans me retourner. Perdu dans une foule de gens je cherche à m'échapper. Trouver le chemin vers l'extérieur, regagner le parking. Rejoindre cette voiture qui est mienne, ma voiture. Une voiture différente depuis décembre. Autour de moi, des visages. Il y en a plein, de toutes les formes, de toutes les couleurs. Des visages, partout, partout, absolument partout. Ça me donne mal à la tête. Je n'aime pas trop les couleurs. Je n'aime pas trop le bruit. Je n'aime pas trop les distractions. Ce que j'aime, c'est la simplicité. La simplicité de la solitude, aussi. Le silence...

Je marche à nouveau, prenant un moment pour réorganiser mes pensées. Maintenant je dois trouver quoi faire. Trouver où aller. Je réfléchis parce que c'est dimanche. Je ne sais pas quoi faire. Où aller. Joyce n'est pas revenue. Hier elle n'était pas revenue. Demain elle ne reviendra pas. Cela m'angoisse. Je n'aime pas être loin d'elle longtemps. J'ai toujours peur qu'il lui arrive quelque chose... Je ne veux pas qu'il lui arrive quelque chose. Quelqu'un me parle. Je me retourne. Je ne le reconnais pas. Si. Peut être un peu. Vaguement. Ça me dit un truc. D... Dunn...? Oui. Dunn. Je le vois maintenant. C'était le nom sur le badge de visiteur. "Ethan Dunn." Ma bonne mémoire ne m'a pas encore trahi. C'est rassurant. Je suis content. J'en aurai encore besoin, de cette mémoire. J'en aurai encore besoin pendant un long moment. ses introductions confirment mes pensées. Ethan Dunn. Criminologie. Je me saisis de sa main, la serrant chaleureusement.

– Monsieur Dunn, oui. Je m'en souviens. Je ne m'attendais pas à vous revoir ici.

Un sourire amical se dessine sur mes lèvres. C'est un collègue. Il est de l'université. On s'est rencontrés il y a quelque jour. On m'a toujours dit qu'il fallait être gentil avec ses collègues. Je lâche alors sa main. J'aurais aimé que ce soit l'hiver. En hiver, on porte des gants. Je ne me salis pas aussi facilement les mains. Je n'attrape pas les bactéries des autres à chaque fois que je les salue. En hiver tout est plus propre et sain. Mais non. C'est l'été. Il fait chaud. Porter ce pantalon est chaud, insupportable. Si les shorts étaient des vêtements acceptables, j'en porterais probablement. Moi je suis un homme respectable. Je ne peux porter que des pantalons. Son ton démontre de l'hésitation. Je n'insiste pas dessus. Il a peur de me déranger visiblement. Je secoue de la tête. Il ne me dérange pas. S'il me dérangeait je l'aurais ignoré. Je fonctionne comme cela.

– C'est une surprise en effet. Et non vous ne me dérangez pas. Ma femme est partie en voyage, ce weekend. Je ne sais pas si j'aurais dû lui dire ça. Je ne parle pas de ma vie privée. Ça ne les regarde pas. Je change le sujet. J'espère que ça suffira. Qu'on se mette à parler de lui au lieu de moi.

– Vous aussi vous êtes croyant-pratiquant?

S'il est ici ça ne peut pas être pour trente six mille raisons.


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MessageSujet: Re: Amen [Stephen]   Amen [Stephen] EmptyLun 20 Juil 2015 - 22:01

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– C'est une surprise en effet. Et non vous ne me dérangez pas. Ma femme est partie en voyage, ce weekend.

Smith est grand, athlétique. Il pourrait passer pour un professeur d’éducation physique, ou un flamboyant Jésus à crucifier. Il tend la main. Le geste de son bras a un centième d’once de souplesse, de rondeur, de douceur. Son corps est tourné vers Ethan. Il n’y a pas de glace dans la poigne de Smith. Il n’y a pas de malice dans son sourire non plus. Ethan laisse couler son amabilité dans son propre bras, sa main, ses doigts qui se referment avec reconnaissance.

– Vous aussi vous êtes croyant-pratiquant?
- Oui. Protestant. Mais enfin…

« Mais enfin… » ces petits mots qui comptent sur les points de suspension pour exprimer tout ce que les chrétiens peuvent exprimer sur les différences entre confessions.

Nous avons le même Divin Père, n’est-ce pas ? Nous l’aimons simplement de façon différente…

Ethan sourit en haussant doucement les épaules. Ses cils se mi-closent une fois, dans une pudeur de pensée. Les pensées sont des poupées russes qu’on n’aime pas toujours dévoiler.

Et en coulisses, pourtant, nous appréhendons à nous dire de la même religion.

- Puis-je vous inviter à prendre un verre ? Un café ?

***

La palissade tapissée de plantes grimpantes isole les deux hommes du reste de l’établissement. Un écrin vert et vivant pour une discussion qu’Ethan redoute un peu.

A ses côtés, une jeune femme se tient debout, dans un uniforme à rayures bleues particulièrement cintré. Ses cheveux sont rouges comme le feu et ses iris verts comme des jades impurs. Elle serait belle si elle ne portait la lassitude au bout de son regard et la tristesse au coin des lèvres. Ethan n’a encore rien vu de tout cela.


- Un medium hot euh… London, s’il-vous-plait.

Commande Ethan les yeux rivés sur une liste de cafés possibles longue comme le bras.

Il relève la tête. Voit la mine de la serveuse. Son attention s’arrête sur le visage triste. Pendant un dixième de seconde, il hésite. Doit-il garder son attention sur son visage ? Cela ne la gênerait-il pas ? Il tourne la tête vers la fenêtre proche. Beaucoup préfèrent avoir de la peine dans le silence.

La serveuse acquiesce, prend la commande de Smith.

Ethan attend qu’elle s’en aille, les lèvres pincées. A l’intérieur de sa bouche, sa langue passe sur l’ourlet des lèvres ainsi entrées. Sur la table, ses doigts triturent la liste des cafés possibles. Heureusement, la carte est plastifiée. Les lettres ne risquent pas de s’effacer. Ethan n’est pas doué pour feindre. Le mensonge n’a jamais fait partie de ses habiletés. Et présentement, il ne peut cacher son envie de parler hors d’atteinte des oreilles indiscrètes. Présentement, ses viscères se tassent dans son ventre. Son estomac aimerait sortir par les poumons.

La serveuse leur tourne le dos.

Ethan la regarde s’éloigner. Son corps toujours pesant de méfiance. Son regard toujours apitoyé.

Il ne voit plus les cheveux rouges. Il n’entend pas de voix proches. Autour d’eux, une bulle de quiétude imparfaite. D’isolement relatif. Mais suffisante.


- Vous connaissez bien la Californie ? L’UCLA ?

Demande Ethan à voix mi-basse.

De Smith, il ne connait rien. Il n’en connait que la profession – professeur de religion – et la confession – catholique. Un étranger est assis devant lui et les muscles d’Ethan réagissent comme à chaque fois qu’il doit parler à un inconnu : en s’électrisant. En hurlant leur méfiance dans un long cri silencieux de crispation. Un camion passe près de la fenêtre proche et les cuisses d’Ethan se contractent.


- Excusez-moi, je sais que vous n’êtes tenu par aucun secret de confession, mais j’ai besoin de parler à quelqu’un.

Il passe lentement le bout de ses doigts sur son front. La pulpe des doigts a le moelleux des tendresses parentales. Le toucher, même de soi-même, a le réconfort des caresses amoureuses. Les sens ne sont pas faits que pour le sexe. Derrière l’os du front, le maelstrom de pensées se calme un peu. La raison reprend le dessus. Les muscles se détendent. Les mots se calment. A la surface de ses cordes vocales, les mots arrivent enfin.

- En tant que doctorant puis chercheur à New York, je connais bien le milieu académique. Néanmoins, les lois diffèrent entre les deux états.

Il pose ses deux mains sur la table. Il pose son regard dans le regard de Smith, pour la première fois depuis qu’ils sont arrivés dans cet établissement.

- Et je ne fais pas confiance aux prêtres pour les questions relatives à la sexualité.
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MessageSujet: Re: Amen [Stephen]   Amen [Stephen] EmptyDim 26 Juil 2015 - 2:42

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Nos mains se serrent. Nos mains se relâchent. Je lui demande s'il est croyant pratiquant lui aussi. Il me dit que oui. Bien. C'est bien les croyants pratiquants. L'Église Catholique on peut dire que ça m'a sauvé la vie. Je croyais que c'était tout. Non. Il est protestant aussi. Mon sang se glace. Protestant... Oh... Bon... Au moins c'est une religion... Ce n'est pas l'Islam extrémiste... C'est une religion dérivée du Christianisme... C'est... Acceptable. Je lui souris. Je lui montre que je ne lui en veux pas. Il a le droit d'être protestant après tout, s'il veut. Peut être qu'il n'ira pas au Paradis du coup mais ce n'est pas grave, je ne suis pas là pour lui apprendre ma foi ni pour le convertir. Je préfère laisser le prêtre faire, il a probablement des arguments plus convaincants que moi. Il me sourit aussi. On pourrait presque croire qu'il n'est pas protestant mais catholique lui aussi. C'est fourbe les sourires. Ce n'est pas grave. Il a l'air gentil. Je lui fais confiance. Je crois. Il m'invite à prendre un verre. Ou un café. Mes yeux regardent ma montre. Il n'est que dix heures trente. J'ai du temps. Je dois rentrer déjeuner pour treize heures. Je dois finir les restes de lasagne qu'il y a dans le réfrigérateur. J'ai le temps. Je veux bien prendre un thé. Il est trop tôt pour un verre, trop tard pour le café. Le thé c'est bien à cette heure de la matinée.

– Du thé, oui. Je souris à nouveau. Ce sera du thé et uniquement du thé. J'espère que il l'a bien compris, ça. Peu de temps après, nous sommes assis. Je ne suis jamais venu ici. Je ne connaissais pas ce salon de thé. Il n'est pas loin de l'église. Je devrais noter son adresse quelque part. Il est sympa. Je pourrai revenir ici la prochaine fois. Seul. Accompagné. Seul. C'est bien aussi seul. Il y a du calme, peu de gens. On peut rester seuls, silencieux avec ses pensées... Ses secrets... Je veux revenir ici seul. Je reviendrai dimanche prochain, après la messe. Il y a des plantes. Ça sent bon. Ça... Apaise? Je ne sais pas trop. Je ne réfléchis jamais trop à ce genre de choses. Ça sent bon et c'est tout ce qui est important. Mes yeux regardent les plantes. Ils aiment bien la forme. Je devrais en mettre une sur mon bureau. Ça me rendrait encore plus heureux pour aller en cours. Presque autant que mon stylo rouge.

Il y a une femme près de nous, debout. La serveuse je crois. Oui il y a écrit "Kathy" sur son sein gauche. Je me demande pourquoi ils l'ont mis sur le gauche alors que tout le monde regarde la droite d'abord. Peut être qu'elle est gauchère. Peut être pas. Elle a pas l'air très gentille elle. Aussi je ne la regarde pas. Je ne veux pas lui sourire et je ne veux pas faire d'efforts. Il y a eu trop de négativité dans ma vie. Je ne veux pas reconnaître l'existence de gens comme ça. Voilà elle n'existe pas. Plus de femme aux cheveux rouges comme des tomates. Plus de femme qui prend la commande. Ma voix lasse et discrète passe commande après mon collègue.

– Du thé glacé.

Je ne dis pas s'il vous plait parce qu'elle ne me regarde pas dans les yeux. C'est malpoli alors je vais être malpoli aussi. Je ne la regarde plus moi. Je redescends mes yeux vers le menu. Elle reste là debout. Je crois qu'elle veut que je le lui rende. Je soupire, dépité. Je ne veux pas le lui rendre. Je le fais quand même parce que ce ne serait pas très poli pour mon interlocuteur sinon. Il regarde la fenêtre lui. J'ai envie de le rappeler à la réalité. C'est malpoli ça aussi, regarder par la fenêtre. Et en plus il est protestant... En fait c'est logique, les protestants n'ont pas une aussi bonne éducation que les catholiques. Je ne suis plus surpris, finalement.

Je remarque ses doigts qui jouent avec la carte. Je ne comprends pas pourquoi lui on lui a laissé son menu. Moi aussi j'aurais aimé garder mon menu. Je veux lever le doigt et la rappeler mais je ne le fais pas. Je prendrai sa carte ce n'est pas grave. J'aime bien avoir la liste près de moi, c'est plus organisé comme ça.

Le silence revient maintenant qu'on ne parle plus. Je ne parle plus. Dunn ne parle plus. La serveur ne marche plus, ses talons ne résonnent plus contre le carrelage froid. Je le regarde encore. Il me regarde aussi. Il me demande si je connais bien la Californie. UCLA.

– Pas vraiment, non.

Je ne connais rien, moi, je ne suis pas ici depuis longtemps. Janvier 2014... Ça ne laisse pas beaucoup de temps ça. Je commence à me perdre dans mes pensées. Puis je me rappelle. J'ai oublié d'être poli.

– Pourquoi? S'il me demandait ça c'était bien pour une raison. Ça ne se fait pas d'ignorer ce qu'il m'a dit. Je ne sais pas trop où il veut en venir. Une partie de moi se demande s'il connaît mon secret. J'espère que non. Probablement pas. La sueur commence à perler à mon front. Mes doigts glissent le long de mon col. J'essaie de respirer un peu dans cette chemise trop chaude. Je suffoque. Non il ne sait rien c'est impossible hein... Hein... Il ne peut rien savoir de ce secret que je chéris si tendrement...

Puis il me rassure. Je soupire de soulagement. C'est un soupir léger je ne veux pas qu'on le remarque trop. C'est lui qui veut parler. Il parle de secret de confession. J'en déduis qu'il ne connait pas mon secret. Ça me paraît logique. Il se touche le front. Je ne comprends pas pourquoi. Il a l'air bête un peu quand même. J'ai honte d'être en face de lui mais ça pourrait être pire au moins il n'y a personne autour de nous. C'est bizarre, se toucher le front comme ça. Il est nerveux ou quoi? Moi quand je suis nerveux je me mords la lèvre ou je regarde mes pieds. C'est plus discret je trouve. Il me parle alors de New York et d'études et de lois et d'états. Je cligne des yeux. Il veut en venir où au fait? Moi je ne comprends rien. Ça me concerne, au moins? Je ne sais pas pourquoi je suis ici. Je ne sais même pas pourquoi il m'avait invité. Je croyais qu'on allait parler de la pluie et du beau temps moi. Me suis-je trompé...?

Son regard se plonge dans le mien et j'aime pas ça parce qu'il est intense. Comme des griffes désespérées de chaton qui essaient de s'accrocher à la peau ensanglantée alors qu'on veut qu'il nous lâche. Moi je veux que son regard me lâche. Mais je ne coupe pas le contact. Je sais que ça ferait de moi un faible. Je ne suis pas un faible quand même, enfin, je ne crois pas, si...? Mon regard neutre lui renvoie un miroir du sien. Je n'en veux pas de ses griffes. Il peut se les garder pour lui. Il me parle de sexualité. Mon regard se resserre. Maintenant c'est un étau qui le presse de se taire. Pourquoi il veut me parler de sexualité? On ne parle pas de ces choses là...

– Écoutez, je ne sais pas ce que vous attendez de moi, ni même, comment je pourrais vous aider...

Je le regarde avec curiosité. J'essaie de parler poliment mais je crois que mon incompréhension me trahit d'elle-même: je ne comprends vraiment pas. Ce n'est pas comme si j'avais tant d'expérience que ça à revendiquer.


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MessageSujet: Re: Amen [Stephen]   Amen [Stephen] EmptyDim 26 Juil 2015 - 3:23

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Non.
Non.
Il ne connait pas.
Pas les lois.
Pas l’UCLA.
Pas la Californie.


- Pourquoi ?

Ethan attend.
Il attend la réaction à la dernière question.

La réaction dans les yeux.
Ses yeux, à Smith.
Ses yeux étroits comme le sexe d’une vierge.
Petits. Etroits. Fentes de chats.

Le sexe ne passe pas.
Pas dans ces yeux-là.

Le sexe…
Pas pour lui.
Pas pour …
La religion, ah oui.
Pratiquant, ah oui.
Pratiquant de religion.
Non pratiquant de sexe ?
Encore ?
Maintenant ?
A ce jour ?
Présentement ?
Ah oui…


– Écoutez, je ne sais pas ce que vous attendez de moi, ni même, comment je pourrais vous aider...

Ah oui…

- Oh.

Déçu ?
Évidemment.
Surpris ?
Pas vraiment… Effrayé plutôt.
Smith est marié…
Alors… non ?
Non.
God.
Or Evil.
Non.

Ethan, la glace.
Dans son cou.
Dans son dos.
Ethan, le retrait.
Au fond de sa chaise.
Au fond de ses tripes.
La lucidité en métal…
Autour de ses yeux.
Autour de son visage.
La neutralité du métal.
La neutralité des inconnus.


- Vous ne savez pas et vous n’avez pas à savoir, en effet. Les problèmes d’un presqu’inconnu ne vous concernent pas.

Ethan, ça ne le dérange pas.
Ca ne l’outrage pas.
Les questions.
Les étrangetés.
Les émotions.
Le sexe.
Ca ne le dérange pas qu’on demande.
Une réponse.
De l’aide.

Mais…
Mais lui...
Si.
Comme les autres.
Mais lui...
Oui catholique pratiquant…
Parfois, la chrétienté…
C’est aussi de ne pas être…
Charitable ?
Ouvert ?

Ethan chasse ces pensées.
D’un revers de battements de cils.
D’un simple mouvement du cœur.

Que le coeur reste tendre.
Que le coeur reste humain.
Pour un autre chrétien.
Et Ethan tente de chasser le métal.
Poussière de rouille.
Et Ethan tente de fendre le métal.
Tôle d'acier.

Mais il n’y arrive pas.
Il y a trop de métal.
Parfois, la chrétienté…
C’est aussi de ne pas être…



















Pas de mot.



Ethan ne veut pas penser le mot.
Penser le jugement.

Allons…
Allons voyons…
Depuis combien de temps…
Les chrétiens se jugent-ils entre eux ?



















Depuis toujours.

Ethan regarde de nouveau.
Les yeux de Smith.

Il lui présente son métal.
Son acier neutre.
Son sourire alliage.
Sa politesse apprise…
Dans les mondanités…
Dans les alcôves…
Dans les secrets.


- Vous aviez raison. Excusez-moi. Un moment de faiblesse. Parlons de choses plus convenables.

Ethan a ce geste.
Ce geste de la main.
De la main frivole.
Un geste vers le côté.
Il balaie.
Il abandonne.


- Je ne suis pas marié. J’espère avoir des enfants un jour.

Ethan regarde.
Vite.
Rapidement.
Vers la serveuse.
Pas là.
Fantôme de rousse.
Il préférait la serveuse.
Ethan regarde Smith de nouveau.
Le métal a gardé le sourire.

Bonjour, Smith.


- Vous m’avez dit être marié… Avez-vous des enfants ?

Le café revient.
Le thé avec lui.
La chaleur avec lui.
Mais le métal…
Ethan tente de le chasser.
De le briser.
De le plier.
Mais le métal…
Sa rouille.
Sa tôle.
Ses arrêtes.

Impossible.

Ethan boit du café.
De la chaleur…
Le métal ?
Le métal ne part pas.

Ethan pose le café.
Dans ses yeux, la froideur attend.
Autre chose.
Que de la chaleur.
La froideur attend.
Quelque chose.
D’humain ?

Smith, un humain ?
Si non…
Si inhumain…
Ethan fera comme avant.


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